ACTE 3 SCENE 8

ACTE 3 SCENE 8

SCENE VIII. – ELISE, DOMINIQUE, ANGELIQUE.

 

ELISE

Tiens ! Mais c’est Angélique ! Elle est fraîche et pimpante !

Tu as dormi longtemps ! La nuit fut reposante ?

 

 

ANGELIQUE

Oui. J’ai même rêvé !

 

ELISE

De ton prince charmant ?

Angélique restant muette.

Tu désirais me voir ?

 

ANGELIQUE

Pour un renseignement.

 

ELISE

Que puis-je donc pour toi ? Qu’y a-t-il ? Je t’écoute.

 

ANGELIQUE

Peut-être ce valet pourrait sortir…

 

ELISE

Sans doute.

Elle fait signe à son valet de sortir puis, à elle-même

Elle semble gênée. Son secret la tracasse.

L’avouera-t-elle enfin ? Alors ? Un ange passe !

 

ANGELIQUE

J’attendais un courrier que quelqu’un m’a promis ;

J’ai pensé qu’à coup sûr on te l’avait remis.

 

ELISE

Non ! Je n’ai rien reçu. Qui donc devait t’écrire ?

Entre bonnes amies, nous pouvons tout nous dire !

 

ANGELIQUE

Oui, mais…

 

ELISE

Je suis tout ouïe.

 

ANGELIQUE

Tu comprends, cette lettre…

 

ELISE

J’ai trouvé : Honoré ! Ou bien Cypris, peut-être ?

ANGELIQUE

C’est que…

 

ELISE

Un messager l’a portée jusqu’ici.

Pourquoi te le cacher ! Regarde, la voici.

 

ANGELIQUE, outrée.

Mon dieu, elle est ouverte ! Oh, quelle outrecuidance !

 

ELISE

Que dirait Honoré de ces correspondances ?

 

ANGELIQUE

Tu plaisantes, dis-moi ; tu voudrais m’alarmer ?

 

ELISE

Mais non, détrompes-toi ! Je vais l’en informer !

 

ANGELIQUE

Aurais-tu le culot ? Parbleu, c’est impensable !

 

ELISE

Et bien si, justement ! Et tu m’en sais capable.

 

ANGELIQUE

Que t’ai-je fait? Quel tort ? D’où vient cette rancune ?

Qu’ai-je donc à souffrir une telle infortune ?

 

ELISE

A quoi bon larmoyer ? Les mesures sont prises ;

Je veux récompenser ton manque de franchise.

Tu me tiens au secret en prenant tes distances,

Méprisant ton amie, mais quoi ? Quelle importance !

Avoue que, là encor, je n’étais pas à même

De connaître l’auteur de ce courrier bohème.

Je croyais, Angélique, assurément à tort,

En ta sincérité, mais tes gestes retors

Prouvent cruellement, à mon grand désespoir,

Combien notre amitié devenait illusoire.

Ainsi, tu l’as brisée et froidement tarie ;

Tu n’imagines point comme j’en suis marie.

Puisque tu me renies, moi aussi je t’annonce :

Tant pis pour l’amitié ; ton amie te dénonce !

Angélique se met à sangloter.

J’aurai presque pitié à voir ton œil humide.

Elle lui tend l’enveloppe.

Prends-la !

 

ANGELIQUE, la saisissant vivement.

Cent fois merci !

N’y trouvant rien à l’intérieur.

Sacrebleu, elle est vide !

 

ELISE, l’air innocent.

Vraiment ?

 

ANGELIQUE

Je suis perdue ! Quelle fille méchante !

 

ELISE, à elle-même.

La faraude blêmit. La voilà qui déchante.

Elle se retire de la pièce en fermant la porte à clé.

 

ANGELIQUE

Mon destin s’assombrit. Je crois que je préfère

Fuir ce pauvre Honoré s’il a vent de l’affaire.

Son courroux magistral me terrifie d’avance.

Puis elle se précipite sur la porte et tente de l’ouvrir, sans succès.

Mais je ne puis sortir, ô comble de malchance !

 


 

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