S.O.S

Dix-sept heures : Pierrot est las et éreinté ;

Sa journée est finie au guichet PTT.

Elle fut bien remplie et lui bien occupé

A signer des reçus, ouvrir des CCP

Et peser des colis, si bien qu’il est plus blême

Que l’ennuyeux écran de son cher IBM.

Il part, exténué, l’agent atrabilaire,

Rejoignant d’un pas lent les quais du RER.

Puis, vautré dans le train, il se met à bader,

Le nez sur le papier glacé d’un VSD,

Regardant les photos, sans lire ; il a la flemme.

Le voici arrivé devant son HLM.

Il loue, dans cet immeuble un logis pour lequel

La collectivité lui verse une APL.

Il tape un code et pousse, en la faisant grincer,

Comme à l’accoutumée, la porte en PVC,

Ramasse son courrier, y jette un regard bref :

Quelques publicités, la facture EDF.

Au troisième, endormi, l’attend sur le sofa,

« Whisky », son labrador pris à la SPA.

Pierrot entre et s’affale au fond du canapé,

Met son téléviseur en marche : JPP

Place un coup franc brossé que le gardien arrête.

Il change de programme et 007,

En tenue de soirée, vient juste de tomber

Dans une échauffourée mêlant le KGB

Dont les nervis musclés livrent rude bataille

Aux truculents agents secrets du FBI.

Pierrot ne bronche pas, paraît s’intéresser,

S’imaginant au cœur d’une salle UGC.

Mais, s’il en donne l’air, il n’est pas captivé.

Il songe à cet appel passé en PCV

Qu’il a reçu tantôt, et dont il a souffert,

Où son amie, depuis son mobile SFR,

Lui disait n’être plus désormais sa « poupée »

Et qu’elle partait vivre avec un VRP.

Sa grossesse ? Tant pis ! Elle était hors sujet.

De nos jours, qu’est-ce donc de faire une IVG !

Où trouver maintenant une autre européenne

Qui veuille féconder, de plus, son ADN ?

Tout s’enchaîne à présent. Il veut tout regretter.

Il veut, pour commencer, quatre jours d’ITT.

Il renie le présent, il refait le passé,

Croyant qu’il aurait pu jadis faire HEC.

Tout entière, sa vie s’en trouverait changée.

Il serait aujourd’hui un puissant PDG,

Ou alors sénateur, ou bien encor magnat ;

Il pourrait décréter, lancer des OPA !

Et son niveau de vie serait très élevé :

Il roulerait, bien sûr, en BMW

Avec vitres teintées et tout plein de vitesses,

Toit ouvrant pour l’été, airbag et ABS ;

Et lorsqu’il le voudrait, pour se carapater,

Pierrot réserverait un vol sur TAT

En classe affaires, puis il partirait fissa

Au Japon, en Turquie ou bien aux USA.

Il aurait tout son temps pour charmer les hôtesses.

Au lieu de tout cela, il n’a qu’un BTS,

Une Peugeot rouillée dont il a froissé l’aile,

Trop vieille et, de surcroît, qui marche au GPL.

Quand il veut s’évader, à ses heures bohèmes,

Il s’en va seulement faire un tour d’ULM.

Il pense à ses impôts qui le font enrager,

RDS, TVA et autres CSG.

Depuis le temps qu’il joue, il n’aura pas même eu

Deux cents francs de gagnés au petit PMU.

Vingt trois heures : Pierrot vient de se décider.

Il s’envole très loin avec du LSD.

Le pauvre homme accablé souffre trop dans sa chair ;

Tout à l’heure, il sera conduit au CHR.

Le souffle de la vie, peu à peu, le délaisse.

Les pompiers, prévenants, l’ont mis en PLS,

Tandis qu’un médecin palpe son pouls léger.

Une infirmière, alors, lui fait un ECG,

Mais le cœur de Pierrot, semble-t-il a cédé.

« Whisky » s’éveille enfin ; son maître est DCD.

 

Rémy

 

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