Compositions

Desert 1623120 340

Solo

J’ai soif de ces moments dans un désert d’autrui:

J’imagine, je vois, je rêve et je ressens,

Dans un souffle de soi soudainement puissant,

Sans chaînes, sans carcan, sans personne, sans bruit.

 

Je crains la vacuité et l’ombre de la nuit:

J’erre, je me morfonds et, sans fin, je descends

Les sentiers sans passant, si lassants, impuissant;

Nul parent, nul ami, nul amour: je m’ennuie!

 

Seul, je compte les jours, mais les jours comptent, seul.

Que préférer : l’amour au secret d’un linceul,

Pour frôler l’absolu, toucher la plénitude

 

Dans la proximité , banale, vide et morne

Ou dans un plein néant, idéal et sans bornes,

Dans la réalité ou dans la solitude?

 

Rémy

Beautiful 2405131 960 720

Divine

Bonsoir, poupée de nacre aux prunelles saphir !

Te souviens-tu de lui, ô cruelle féline,

Lorsque tu voletais, suave et doux zéphyr,

Un soir, auprès de lui, ravissante et câline ?

 

L’aurifère crinière ondulait dans le vent,

Effleurant les contours de tes lèvres carmin.

Lui regardait le ciel, une étoile, en rêvant…

Sans un mot, sans un bruit, il caressait ta main.

 

Oh, prends garde, mon ange, à tes ailes fragiles,

De ne point les brûler sur un foyer ardent !

Tu crois savoir voler et tu crois être agile ;

 

Oh, mon cher séraphin, je t’en prie, sois prudent !

Enfin, cette nuit là, si tu fus son vainqueur,

Ne joue pas avec lui mais va cueillir son cœur.

 

Rémy

Lion 577104 341

Les lions

C’est, à l’orée du kraal, la marche nuptiale ;

Un couple de lions progresse, martial.

Les cirrus incarnats font au ciel un portique

Où l’astre d’or suspend ses fléaux erratiques.

Les halos oscillants filtrent, ainsi drapée,

La dentelle ajourée des arbustes épais.

Dans un acacia, des chimpanzés, en cœur,

Stridulent leurs échos en triolets moqueurs.

Un vent d’hostilité rôde sur la savane ;

Les deux fauves gourmés pénètrent ses arcanes.

 

Dans le miroir sans tain d’une psyché liquide,

Se confie, à l’étang, l’antilope languide.

Les ultimes faisceaux du spectre évanescent,

Quand  l ’ « ite »  retentit fondent au soir naissant.

Et le ballet s’anime où les bêtes vont boire,

En clapotis rythmés, laper l’onde de moire.

Les crapauds buffles crient leurs rauques harmonies ;

Une aposiopèse éteint la symphonie.

L’antilope pressent le frisson d’un péril ;

Dans l’ombrage ont relui quatre chrysobéryls.

 

Les glaives ivoirins au venin séminal

Happent leur venaison, scandent la bacchanale,

Tranchent, comme un corail déchire une varangue,

Les chairs endolories de l’animal exsangue.

Ses sabots maculés des barbaries nocturnes

Ont revêtu l’aspect de vermillons cothurnes.

Le cœur à l’agonie emplit la canopée,

Expirant mollement ses soupirs syncopés.

L’aube dissout la nuit dans un jusant céleste ;

Les lions sont partis sans demander leur reste.

 

Rémy

Fire 3792951 340

Le feu

Sur des chenets rouillés, une drôle de bouche

Dévore sans merci les tripes d’une souche.

Elle est en appétit sitôt qu’une allumette

Trouve l’antre béant où l’attend sa luette.

 

Aux lèchements bleutés des gourmandes papilles,

L’écorce vermoulue de la bûche grésille.

Le bois craque, cédant sous les dents qui le croquent ;

Entre chaque bouchée, les branches s’entrechoquent,

 

Laissant, comme un dragon que l’enfer ensorcèle,

Postillonner en l’air des gerbes d’étincelles.

En râles crépitants dans la gorge de braise,

S’étranglent les tisons, rouges, dans la fournaise.

 

Et, des langues fourchues, la brûlante salive

Essuie l’émail saillant de lisses incisives,

Arc-boutées sous les mors des babines que gavent

Les flots érubescents d’incandescente bave.

 

La gueule et les naseaux qui flairent et reniflent

Eructent, en fumant, leur haleine qui siffle,

Blondissant et bouclant en de torses volutes,

Sur un front flamboyant quelques mèches hirsutes.

 

Broyant et mastiquant de leurs mauves tenailles,

Les mâchoires goulues grincent et font ripaille,

Tandis que, saturé, s’enflamme l’intestin

Dont les bouillants boyaux défèquent ce festin.

 

Les agapes se font, freinant leur frénésie,

Un murmure discret qu’éteint une aphasie.

Une plainte étouffée au creux du goitre geint

Tenant d’une nausée ou bien d’un ogre à jeun.

 

Comme un déchet mauvais, un gras cholestérol,

S’épanchent les fumées de fines fumerolles.

Le charbon consumé, tel un crâne crépu,

Témoigne, noir de gris, que la bouche est repue.

 

N’ayant plus de mordant, d’énergie à revendre,

Il ne subsiste alors qu’un petit tas de cendres.

Un dernier bâillement à tout jamais l’endort.

Mords et tu seras feu, brûle et tu seras mort !

 

Rémy

Krystyunya

                                  I.

Quand je t’ai rencontrée, je n’avais plus d’espoir,

J’étais au fond du trou et je broyais du noir.

Les jours ont défilé avant que je comprenne

Que tu étais ma loi, que tu étais ma Reine,

Ma drogue, ma potion et la mère idéale,

La sublime moitié d’un serviteur féal.

Tu m’obsèdes, ma mie, oh oui, tu me fascines!

Je vois dans ton regard l’amour qui se dessine,

Plus grand que l’océan, plus haut que l’Everest,

Plus fougueux qu’un torrent, et c’est pourquoi, du reste,

Je viens te déclamer ces quelques vers, tremblant,

Car je t’aime à jamais et ne fais point semblant.

                                 II.

J’ai tout juste vingt ans. Toi, tu en as dix-huit,

Ô, princesse adorée dont je n’osais rêver.

Je veux être à la fois ton prince et puis ta suite

Par delà les flots bruns, les blancs et froids névés.

Ma lointaine Vénus, seul ton bonheur m’importe;

Toi qui es au fin fond de notre ronde Terre.

Regarde à l’horizon ce brasier que je porte

Qui consume mon cœur, dévore mes artères.

Enfin, si quelquefois, la distance cruelle

M’a masqué ta beauté, veux-tu m’en faire grâce?

Car je ressens pour toi ce parfum d’éternel,

Un amour infini que plus rien ne surpasse.

 

Rémy

S.O.S

Dix-sept heures : Pierrot est las et éreinté ;

Sa journée est finie au guichet PTT.

Elle fut bien remplie et lui bien occupé

A signer des reçus, ouvrir des CCP

Et peser des colis, si bien qu’il est plus blême

Que l’ennuyeux écran de son cher IBM.

Il part, exténué, l’agent atrabilaire,

Rejoignant d’un pas lent les quais du RER.

Puis, vautré dans le train, il se met à bader,

Le nez sur le papier glacé d’un VSD,

Regardant les photos, sans lire ; il a la flemme.

Le voici arrivé devant son HLM.

Il loue, dans cet immeuble un logis pour lequel

La collectivité lui verse une APL.

Il tape un code et pousse, en la faisant grincer,

Comme à l’accoutumée, la porte en PVC,

Ramasse son courrier, y jette un regard bref :

Quelques publicités, la facture EDF.

Au troisième, endormi, l’attend sur le sofa,

« Whisky », son labrador pris à la SPA.

Pierrot entre et s’affale au fond du canapé,

Met son téléviseur en marche : JPP

Place un coup franc brossé que le gardien arrête.

Il change de programme et 007,

En tenue de soirée, vient juste de tomber

Dans une échauffourée mêlant le KGB

Dont les nervis musclés livrent rude bataille

Aux truculents agents secrets du FBI.

Pierrot ne bronche pas, paraît s’intéresser,

S’imaginant au cœur d’une salle UGC.

Mais, s’il en donne l’air, il n’est pas captivé.

Il songe à cet appel passé en PCV

Qu’il a reçu tantôt, et dont il a souffert,

Où son amie, depuis son mobile SFR,

Lui disait n’être plus désormais sa « poupée »

Et qu’elle partait vivre avec un VRP.

Sa grossesse ? Tant pis ! Elle était hors sujet.

De nos jours, qu’est-ce donc de faire une IVG !

Où trouver maintenant une autre européenne

Qui veuille féconder, de plus, son ADN ?

Tout s’enchaîne à présent. Il veut tout regretter.

Il veut, pour commencer, quatre jours d’ITT.

Il renie le présent, il refait le passé,

Croyant qu’il aurait pu jadis faire HEC.

Tout entière, sa vie s’en trouverait changée.

Il serait aujourd’hui un puissant PDG,

Ou alors sénateur, ou bien encor magnat ;

Il pourrait décréter, lancer des OPA !

Et son niveau de vie serait très élevé :

Il roulerait, bien sûr, en BMW

Avec vitres teintées et tout plein de vitesses,

Toit ouvrant pour l’été, airbag et ABS ;

Et lorsqu’il le voudrait, pour se carapater,

Pierrot réserverait un vol sur TAT

En classe affaires, puis il partirait fissa

Au Japon, en Turquie ou bien aux USA.

Il aurait tout son temps pour charmer les hôtesses.

Au lieu de tout cela, il n’a qu’un BTS,

Une Peugeot rouillée dont il a froissé l’aile,

Trop vieille et, de surcroît, qui marche au GPL.

Quand il veut s’évader, à ses heures bohèmes,

Il s’en va seulement faire un tour d’ULM.

Il pense à ses impôts qui le font enrager,

RDS, TVA et autres CSG.

Depuis le temps qu’il joue, il n’aura pas même eu

Deux cents francs de gagnés au petit PMU.

Vingt trois heures : Pierrot vient de se décider.

Il s’envole très loin avec du LSD.

Le pauvre homme accablé souffre trop dans sa chair ;

Tout à l’heure, il sera conduit au CHR.

Le souffle de la vie, peu à peu, le délaisse.

Les pompiers, prévenants, l’ont mis en PLS,

Tandis qu’un médecin palpe son pouls léger.

Une infirmière, alors, lui fait un ECG,

Mais le cœur de Pierrot, semble-t-il a cédé.

« Whisky » s’éveille enfin ; son maître est DCD.

 

Rémy

L'oiseau curieux

Un oisillon inattendu

Par la fenêtre s’est glissé.

Il est jeune et semble perdu

Dans ce décor froid et glacé.

L’oiseau était vif et madré ;

Bientôt, il a caracolé,

A exploré tous mes secrets

Et, brusquement, s’est envolé.

 

Ô, petit oiseau, reste encore

Car il fait presque nuit dehors !

 

L’oisillon frivole est resté.

D’autres secrets il a trouvé.

Par la fenêtre, un soir d’été,

A tire-d’aile, il s’est sauvé.

Je fus bien triste et désolé.

Il reviendra peut être un jour.

Maintenant, tu sais bien voler ;

Reviens petit oiseau d’amour !

 

Ô, petit oiseau, reste encore

Car il fait presque nuit dehors !

 

Rémy

Nocturne

Dans la nuit, le halo de la lune scintille;

Au loin, l’on aperçoit des points qui se dessinent,

Des fragments lumineux qui, dans l’encre de Chine,

Tissent, en rayonnant, de nocturnes résilles.

 

Et dans ces entrelacs, ces rets qui s’entortillent,

Je voudrais me jeter! Une stellaire ondine…

Serait-ce, tout d’un coup, la chimère anodine,

Le songe farfelu ou la sotte vétille?

 

Dans le brou de la nuit, c’est là que l’on devine

D’un bleu immaculé les prunelles divines,

Et j’aimerais, alors que ma raison vacille,

 

Décrocher une étoile aux teintes opalines,

M’aventurer, là haut, sur ses rondes collines,

En célestes pensées pour le cœur d’une fille.

 

Rémy

Les mots

Dans la grande famille où fourmillent les mots,

Je m’en choisis pour l’art de parler ou d’écrire,

Et, dans cette forêt aux millions de rameaux,

J’en prends pour m’amuser, pour narrer, pour décrire.

 

Verbes et locutions ou autres qualificatifs

S’agencent joliment et flattent nos oreilles

A tout mode, à tout temps, futur ou subjonctif;

Ils sont, pour notre esprit, pure et simple merveille.

 

C’est pourquoi, çà et là, j’en remplis ma besace,

Pour rire ou pour pleurer, pour aimer, pour haïr,

Pour chanter, deviser ; jamais je ne me lasse,

Tant les mots bien choisis procurent du plaisir.

 

Rémy

La pluie

Flic, revoilà la pluie qui pleure en italique,

Floc, sur le toit pentu de la vieille bicoque,

Flic, et dans un tempo monotone et cyclique,

Floc, comme des grelots, les gouttes s’entrechoquent.

 

Flic, ruisselant bientôt sur le sol famélique,

Floc, traçant des serpents sinueux et loufoques,

Flic, la pluie vient verser au thym, au basilic,

Floc, au frêle olivier les bienfaits de l’époque.

 

Flic, l’escargot ravi cesse alors sa supplique,

Floc, s’étend tout entier hors sa coque baroque,

Flic, la nature émue, ô, plaisirs bucoliques,

Floc, entend du printemps le moite soliloque.

 

Flic, au loin les crapauds chantent, mélancoliques,

Floc, du clocher pointu sonne la joie de Pâques;

Flic, le soleil bientôt éclairera, oblique,

Floc, ces enfants joyeux qui sautent dans les flaques!

 

Rémy

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